Méditation Guidée #3 Tout ce qui a une origine est voué à la cessation

Partie 1

Commencez par porter votre attention sur votre posture. Celle-ci doit être stable, le corps redressé, mais sans tension inutile. L’effort juste, tel que le Bouddha l’enseignait, n’est pas une lutte, mais un ajustement délicat, semblable à l’accord d’un instrument de musique. Portez votre attention sur votre corps et, consciemment, détendez chaque zone de résistance. Relâchez les épaules, le visage, le ventre. Laissez la respiration devenir calme, fluide et légère. Il ne s'agit pas de forcer le souffle excessivement, mais de l’apaiser, respiration après respiration.

C’est cet apaisement volontaire de notre corps et de notre esprit que le Bouddha nous encourage à développer. À chaque expiration, ressentez le corps et l’esprit qui se libèrent de leurs fardeaux. Sur cette base de détente, invitez activement un sentiment de bien-être et de joie. Ne les attendez pas passivement : suscitez-les en appréciant simplement cet instant de retrait du monde. Rappelez-vous qu'un corps détendu et un esprit joyeux mènent naturellement à la non-agitation. Et l’esprit ainsi non-agité élimine lentement l’ignorance qui le domine habituellement.

Dans cet espace de présence apaisée, observez les mouvements de l'esprit. Remarquez comment les pensées apparaissent spontanément. Une pensée surgit. Elle n'était pas là il y a un instant. Etes-vous à même de prédire son apparition ? En la voyant naître sans votre accord, vous commencez à percevoir une vérité fondamentale : rien de ce qui est perçu n’est permanent ou sous notre contrôle. C’est l’impermanence et le non-soi dont le Bouddha nous parle. Le simple fait qu’une pensée se manifeste signifie qu’elle est conditionnée. Elle porte déjà en elle le germe de sa propre disparition. Inutile de la voir disparaître pour confirmer son impermanence : elle est vouée à la cessation du fait même de sa manifestation. Demeurez dans cette vigilance tranquille, attentif à ce théâtre de pensées qui naissent et meurent. C'est le début de l'entraînement graduel, où l'on apprend à ne plus alimenter l'agitation par la saisie, mais à demeurer dans la joie du moment présent, le corps détendu, l’esprit joyeux, respiration après respiration…

Partie 2

Demeurez ancré dans votre respiration, en maintenant fermement les facteurs d'éveil que vous avez fait naître : le bien-être inonde le corps, la joie illumine l'esprit, la non-agitation disperse l’ignorance. L’effort juste consiste ici à protéger ces états bénéfiques en ne laissant pas les pensées d'avidité, d'aversion ou de confusion prendre racine. Si une distraction surgit, reconnaissez-la dès sa manifestation. Vous verrez que la lumière de votre attention la fait disparaitre immédiatement. Revenez alors, en souriant, à la respiration consciente et apaisée. Mâra, la personnification de l’illusion, a tenté de vous séduire, mais vous l’avez reconnu.

Continuez à garder un œil sur le contenu de votre esprit. Alors que vous êtes simplement assis, votre esprit pourrait avoir une vision soudaine et irrémédiable du dhamma, de la nature de la réalité et de l’enseignement du Bouddha. Les disciples du passé qui ont eu cette révélation déclare toujours dans les discours : « Tout ce qui a une origine est voué à la cessation ». Ils ont soudainement vu ou compris quelque chose. Cette chose, vous pouvez aussi la voir et la comprendre ici et maintenant. Observez une de vos pensées qui se manifeste. Puisqu'elle apparaît, elle est nécessairement conditionnée. Comment pourrait-elle être « vous » ou « à vous » ? Elle est apparue sans votre permission et elle disparaîtra de son propre chef. Toute identification avec elle et tout sentiment de contrôle ne sont qu’illusion.

En observant ainsi, vous commencez à reconnaître l’erreur et le piège de l'identification. Sous le voile de l'ignorance, nous croyons être nos pensées : « je suis en colère », « j’ai besoin de ceci ». Mais sous le regard de l'attention juste, ces mêmes pensées perdent de leur consistance. Elles se dissolvent dès qu'on cesse de les alimenter par notre identification et notre attachement. En reconnaissant que ces phénomènes sont « non-soi », vous découvrez une liberté nouvelle. Vous n'êtes plus l'esclave de ce qui apparaît et disparaît, mais le témoin apaisé d'un flux impersonnel qui ne peut plus vous atteindre dès lors que vous cessez de l'agripper.

Partie 3

Grâce à la non-agitation profonde que vous cultivez ici et maintenant, votre esprit devient comme une lampe allumée dans l'obscurité, révélant ce qui était caché.

« Tout ce qui a une origine est voué à la cessation ».

Contemplez cette vérité libératrice dans toute sa dimension. Comprendre cette déclaration, c’est voir avec les yeux du Bouddha. C’est le moment « d’eurêka » où l'on s'aperçoit que le mal-être n'est pas une fatalité, mais un processus conditionné que l’on alimente nous-même par notre propre ignorance.

Regardez vos pensées. Elles ne se maintiennent que sous le voile de l’inattention et de l'identification. Sans le carburant de l’ignorance, elles n'ont aucune force. On ne peut pas agripper une pensée, car elle n'a pas de substance réelle ; elle est comme un mirage. Si des pensées de vengeance ou d'avidité se manifestent, voyez-les comme des phénomènes extérieurs. Elles ne sont pas votre ego, car où était cet ego avant qu'elles n'apparaissent ? L'illusion d'une personnalité fixe se dissout face à cette vision profonde de l'impermanence. En ne réagissant pas, en restant dans l’équanimité sereine et le bien-être du non-attachement, vous voyez le mal-être cesser ici et maintenant.

C’est à ce niveau de détachement que se situe « l’autre rive », le Nirvana. Tant que nous n’agissons pas par nos pensées envers ces désirs qui se manifestent, ils ne peuvent nous tourmenter. Ils finissent par s'éteindre d'eux-mêmes, faute d'être nourris. C'est le sens ultime de l'effort juste : ne pas laisser entrer ce qui cause le trouble. Revenez doucement à l'ancrage du corps et de la respiration. Ressentez la paix qui découle de cette compréhension : le bien-être véritable ne vient pas de l’assouvissement du désir, mais de son abandon par désidentification. Gardez cette vision inoxydable de l’enseignement en vous : tout ce qui naît mourra, tout ce qui apparaît doit nécessairement disparaitre. C’est dans cette compréhension profonde que se cache la paix inébranlable du Nirvana. Terminez cette méditation en restant quelques instants dans ce silence fertile, libre de tout attachement et de toute identification.

Dukkha-Nirodha :

méditations bouddhistes à Ciney

Localisation

N°1 Route d’Auwez 5590 Ciney