Réflexion #5 La métaphore du cuisinier et les indices de l’esprit

Aujourd’hui, je vais vous proposer un enseignement adapté de l’une des vidéos du Vénérable Ajahn Nyanamoli Thera de Hillside Hermitage. Vous trouverez un lien vers la vidéo originale sous cet article. Je précise bien que l’entièreté de ce texte est adaptée de sa vidéo. C’est lui qui vous parle et non moi. J’ai simplement synthétisé légèrement les propos et reformulé pour que ce soit davantage compréhensible pour mon public cible.

Son enseignement commence par une citation d’un discours du Bouddha :

Ainsi ai-je entendu. À une époque, le Bouddha séjournait dans le bois de Jeta, dans le parc d'Anathapindika, dans le pays de Sravasti. À ce moment-là, le Bienheureux s'adressa aux mendiants et dit : « Mendiants, vous devriez saisir les indices de votre propre esprit. Ne le laissez pas se disperser vers l'extérieur. Pour quelle raison ? Eh bien, si un mendiant est incompétent, sans discernement et maladroit, et qu’il ne saisit pas les indices de son propre esprit, se tournant à la place vers des signes extérieurs, alors, par la suite, il décline et donne naissance à de l'obstruction en lui-même. »

« C'est comme un cuisinier qui est incompétent, sans discernement et maladroit. Il ne cuisine pas de manière appropriée pour son roi dans le but de le nourrir. Il mélange diverses saveurs — acide, salé, piquant, fade — mais celles-ci ne s'accordent pas avec les souhaits de son roi. Cependant, il est incapable de reconnaitre les indices dans l’attitude de celui-ci qui permettent de reconnaitre ce dégout. Il n’est pas capable de porter assistance à son roi, de gérer ce qui est nécessaire, d’écouter ce qu'il désire, de saisir habilement son esprit. À la place, il utilise ses propres idées en mélangeant les diverses saveurs pour le servir. Si cela ne s'accorde pas avec ses souhaits, le roi est mécontent. Étant mécontent, il ne lui accorde ni rang, ni récompense, et n'a pas d'affection pour lui. »

« Le mendiant incompétent agit exactement de la même manière. Sans discernement et maladroit, lorsqu'il demeure dans la contemplation du corps dans le corps, il se montre incapable d'éliminer et de couper les afflictions supérieures, incapable de rassembler et de saisir son propre esprit. De même, il est incapable d'atteindre le calme intérieur de l’esprit, incapable d'atteindre la juste pleine conscience suprême, le juste savoir clair. Il est incapable d'atteindre les quatre types d'états supérieurs de l’esprit, une demeure agréable dans cette vie même, et le Nirvana sûr qui n'avait pas été atteint auparavant. En d'autres termes, il ne peut pas développer son esprit suffisamment dans la mesure nécessaire pour le Nirvana. C'est ce qu'on appelle un mendiant incompétent, incapable de reconnaitre habilement les indices intérieurs de son esprit, tout en se tournant vers des signes extérieurs, donnant ainsi naissance à des obstructions en lui-même. »

(Adapté de Samyukta Agama 616, « Les indices de l’esprit et le cuisinier »)

Démystifier les indices de l’esprit (Citta-Nimitta)

Ajahn Nyanamoli nous explique que le comportement du cuisinier correspond fondamentalement à un travail de pure devinette. Il agit uniquement selon ses propres idées, ses propres préférences personnelles, et il espère aveuglément que cela fonctionnera pour le « roi ». C’est un jeu de pile ou face. Même lorsque son action réussit, il ne sait pas pourquoi elle a réussi, et lorsqu'elle échoue, il ne sait pas pourquoi elle a échoué non plus. Il reste enfermé dans ses propres projections et constructions mentales.

Le point central de ce discours est la nécessité absolue de reconnaitre les indices (les signes, les caractéristiques) de son propre esprit. C’est la condition préalable indispensable pour l’entrée dans le courant, c’est-à-dire cet instant où l’on comprend l’enseignement du Bouddha, que l’on comprend ce qu’il désignait par la cessation du mal-être, et que l’on commence à avancer sur sa Voie. De plus, reconnaitre les indices de l'esprit est conditionné par le fait de demeurer dans l’isolement. Il ne s’agit pas seulement d'un isolement physique, mais de la véritable solitude intérieure : être détaché de l'avidité (désirer les ressentis agréables), de l'aversion (repousser les ressentis désagréables) et de la confusion (se distraire des ressentis neutres).

Le concept des indices de l'esprit, nommé citta-nimitta en pali (littéralement : signe de l'esprit), est souvent mystifié par les pratiquants. Les gens ont tendance à l'associer à des expériences de méditation exotiques, à des états de transe ou à des visions spectaculaires. Pourtant, ce n'est pas ce que décrivent les discours. Ce sont des phénomènes que nous pouvons voir clairement si nous savons exactement où regarder. Le Bouddha nous dit que, si l'esprit est obstrué, c'est à cause de nos propres actions, parce que nous n’agissons pas de manière compétente, que nous ne savons pas à quoi prêter attention, que nous ignorons ce qui fait réagir le « roi » et que nous lui servons nos propres préférences, absolument convaincus et verrouillés dans nos idées préconçues. C'est pour cela que nous ne voyons pas notre propre esprit.

Posez-vous sérieusement la question : « Est-ce que je vois les indices de mon esprit ? ». En d’autres termes : est-ce que je reconnais lorsque mon esprit me pousse à agir sous l’influence de l’avidité, de l’aversion et de la confusion ? Est-ce que je reconnais que cela ne vient pas de « moi » mais de l’esprit sauvage ? Si la réponse est négative, demandez-vous pourquoi. Qu'est-ce qui m'empêche, à cet instant précis, de voir les caractéristiques internes de mon propre animal sauvage ? Quel est le facteur unique à l'origine de cette obstruction ?

La réponse réside dans l’investigation de vos intentions, que l’on appelle cetana en pali. Même sur le plan étymologique, citta (esprit) et cetana (intention) partagent une connexion intime.

Le seul but de l’entraînement à la vertu et au respect des préceptes est d’abord de réduire, puis de contenir et d'empêcher les expressions d'un esprit corrompu, c'est-à-dire de cet animal sauvage.

Le problème, c’est que s'abstenir de certains comportements physiques ou verbaux ne suffit pas à traiter l'aspect mental de ces intentions. C'est précisément l'élément manquant chez les personnes qui respectent parfaitement les préceptes moraux extérieurs mais qui ne sont pas pour autant entrées dans le courant de l’enseignement. Au niveau des couches mentales les plus profondes, les intentions d’avidité, d’aversion et de confusion sont toujours tolérées, entretenues et acceptées. Intérieurement, lorsqu'elles se présentent, vous les saisissez et les laissez proliférer librement.

La mesure du bénéfique ou non-bénéfique est déterminée par l’intention qui est actuellement présente dans votre esprit et non par vos points de vue ou préférences personnelles.

Le piège des techniques mécaniques

La majorité des pratiques contemporaines ressemblent étrangement au travail du cuisinier incompétent. Elles emploient des techniques purement mécaniques, des méthodes d'absorption artificielle ou des exercices de balayage corporel. Quel rapport réel cela a-t-il avec l’esprit, qui est le « roi » dans cette métaphore du Bouddha ? Vers quelle direction ces exercices envoient-ils l’animal sauvage ? Vous n'en avez aucune idée parce que vous ne voyez même pas ce « roi », cet esprit sauvage derrière vos pensées et états d’esprit. Pour une personne qui n’a pas encore développé la perspective juste, ce « roi » n'existe tout simplement pas. L’identification avec l’esprit sauvage est totale et aucun dressage n’est dès lors possible. Cette personne sert le repas du « roi » selon ses propres idées concoctées, ses traditions ou l'autorité qu'elle a choisie pour se justifier. Tout cela fait qu'elle ne voit pas ses propres intentions, ne voit jamais le « roi » et ne peut jamais redresser la situation.

Le début du discernement consiste à reconnaître et à contenir vos propres intentions. Peu importe ce que fait le reste du monde. La question que vous devez toujours maintenir en arrière-plan, comme un contexte endurant, est la suivante : « Pourquoi suis-je en train de faire cela ? ». Il ne s'agit pas d'aboutir à une grande révélation psychologique ou à une auto-justification, mais de voir si votre action est enracinée dans l'avidité, l'aversion, la distraction (confusion) ou d'autres obstacles.

C'est ainsi que vous vous isolez véritablement des états malsains, en discernant vos intentions et en cessant de nourrir celles qui sont obstructives. Faites cela assez longtemps, et la condition préalable pour voir les indices de l'esprit sera pleinement remplie. Vous commencerez alors à voir votre propre esprit comme une entité vivante et indépendante au cœur de votre être, une sorte d'esprit à l'intérieur de l'esprit. Le discours sur l’établissement de la remémoration décrit exactement cela : « Il reconnait l'esprit teinté d'avidité comme un esprit teinté d'avidité ». Il ne cherche pas à le changer immédiatement en quelque chose de plus convenable. Par le simple fait de le reconnaitre pour ce qu'il est, vous voyez où se situe la ligne de votre effort et de votre responsabilité : vous ne devez pas agir par vos gestes, paroles ou pensées d’une manière qui irait dans le sens de cet état néfaste. Vous ne lui accordez pas votre attention. Vous ne l’accueillez pas de manière favorable intérieurement. Vous le reconnaissez simplement pour ce qu’il est.

L'exemple de la retenue dans les monastères

L’esprit de votre esprit possède son propre fonctionnement sur lequel vous n’avez aucun contrôle direct. Prenons un exemple concret tiré de la vie quotidienne. Même dans les monastères, tout le monde connaît les discours et sait que le Bouddha a enseigné qu'on ne doit rien dire sous le coup de l'aversion ou de la malveillance. Si un jeune moine commet une action dérangeante ou maladroite, un moine plus ancien peut réussir à se retenir sur le moment par respect pour la règle. Mais deux ou trois jours plus tard, la même contrariété et la même aversion continuent de le ronger intérieurement. Que fait-il alors ? Va-t-il chercher une justification extérieure pour agir quand même ou bien va-t-il se rappeler qu'aucun signe extérieur ne peut remplacer la reconnaissance interne de son esprit et de ses caractéristiques ?

Bien souvent, les gens finissent par trouver une raison subtile pour agir indirectement. Ils créent un nouveau règlement d’intérieur dans le monastère ou dispensent un enseignement public sur ce sujet précis pour régler le problème de manière préemptive. Cela devient une forme d'action dictée par cet esprit non entraîné. L'animal sauvage vous dit intérieurement : « Hé, ouvre la porte pour moi ! ». Vous répondez : « Non, je pratique la retenue ». Alors l'animal insiste et utilise la ruse : « Si tu n'ouvres pas la porte, des problèmes graves vont se développer dehors, es-tu vraiment sûr de pouvoir vivre avec de telles conséquences ? » Et par peur du conflit ou de l'inconfort, vous finissez par lui ouvrir la porte.

Le choix insubstituable face aux obstacles

Si, au contraire, vous refusez catégoriquement d'ouvrir la porte, quel que soit le scénario irrationnel ou alarmiste que votre esprit met en avant, alors vous êtes fermement sur la bonne Voie pour entrer dans le courant. Personne n’entre dans le courant par pur hasard ou par accident. Seuls ceux qui ont suffisamment compris l'importance cruciale de ne pas agir sous l'influence des intentions néfastes par les gestes, la parole et les pensées tiendront bon, quelle que soit la tempête que l’esprit soulève pour les intimider.

Aucune quantité d'avidité, d'aversion ou de confusion (distraction) ne peut accomplir un choix à votre place. Chaque choix que vous posez est conscient et repose entièrement sur votre responsabilité. Vous êtes le seul garant des moments où vous cédez aux trois poisons. Si vous n’avez pas encore la perspective juste, tout ce que vous faites rentre invariablement dans ces catégories fondamentales : la recherche effrénée du plaisir, l'évitement anxieux de la douleur, ou la distraction compulsive pour ignorer ce qui est neutre et ennuyeux.

Les obstacles fonctionnent tous sur ce même fil conducteur universel. Prenons l'obstacle du doute. La raison fondamentale pour laquelle vous vous engagez activement avec lui et le laissez vous paralyser est que vous essayez d'échapper à l'inconfort viscéral qu'il provoque en vous. Une personne saisie par l'obstacle du doute va tourner en rond mentalement pour trouver la bonne réponse logique, puis ressentira le besoin impérieux de recommencer le processus encore et encore. Pourquoi ? Parce que le vrai problème n'était jamais la réponse factuelle elle-même, mais la recherche éperdue d'un soulagement face à l'inconfort du doute.

Il en va exactement de même pour le désir envers les objets sensoriels. Ce désir cache en réalité un inconfort ou un manque sous-jacent que l'on espère masquer ou remplacer par le plaisir sensoriel et le soulagement immédiat. De la même manière, si face à l'aversion vous choisissez de ne pas parler ou de ne pas agir extérieurement, mais que vous continuez à ruminer mentalement en élaborant des justifications ou des scénarios de vengeance, vous alimentez encore et toujours l'obstacle. Vous refusez de supporter l'inconfort brut de l'aversion sans y réagir même par vos pensées.

L'Illusion des attentes extérieures et la responsabilité de l'intention

Beaucoup de pratiquants croient sincèrement qu'en trouvant le meilleur enseignant, en écoutant des discours ou en suivant une discipline de vie rigoureuse, la libération se produira d'elle-même. C'est une attente profondément ancrée : l'espoir implicite que l'accumulation d'actions vertueuses extérieures finira par révéler le citta-nimitta (signe / indice de l'esprit) et déclenchera l'entrée dans le courant. Vous pourriez avoir le Bouddha lui-même en personne pour vous réciter le dhamma (enseignement) pendant cinquante ans ; si vous ne regardez pas directement les intentions derrière vos actions, vos paroles et vos pensées, vous n'accomplirez jamais le travail requis.

Cette approche erronée maintient un fossé invisible entre les pratiques corporelles ou verbales et l'entraînement de l'esprit même sur le plan des intentions pures. Elle traite la pratique bouddhique à travers des signes extérieurs, mais néglige le domaine interne où l'intention s'exerce. Bien que cette attitude soit moins dommageable qu'une pratique mécanique dénuée de toute réflexion personnelle, elle se situe sur le même plan d'incompétence et ne peut mener à la vision juste. Les intentions, qui sont continuellement présentes dans l’esprit, demeurent totalement ignorées ou sous-estimées.

Il est crucial de comprendre que vos intentions ne sont pas mystérieusement cachées derrière un voile impénétrable ou enfouies dans un inconscient inaccessible. Même la personne la moins avancée sur la Voie, qui se laisse consumer par l'avidité ou l'aversion, sait pertinemment ce qu'elle fait et pourquoi elle le fait au moment où elle agit. Elle choisit simplement d'ignorer cette conscience immédiate ou d'alimenter un élan incessant pour éviter de s'arrêter et de regarder la réalité en face. Vos intentions sont toujours là, pleinement visibles et engagées à chaque instant. Le problème est qu'elles ne reçoivent pas la valeur ni l'attention nécessaires pour servir de point de référence absolu dans votre entraînement.

Pratiquer le renoncement face aux choix obsédants

L'attention et la remémoration portées aux choix implique nécessairement une forme de conscience de soi. On ne peut pas exercer un choix véritable sans être un minimum conscient. Même lorsqu'un choix est effectué de manière habituelle ou impulsive, la conscience du choix existe, mais elle est immédiatement écartée ou minimisée au profit de l'impulsion. La véritable pratique spirituelle consiste à reconnaître ce choix précis et à s'en tenir fermement au choix correct chaque fois que la vigilance est suffisante pour identifier le dilemme.

Au début, cet apprentissage est inévitablement jalonné d'échecs, de distractions et de rechutes où l'on cède aux vieilles habitudes. Cependant, à force d'étude et de réflexion, vous parviendrez à saisir ces moments décisifs juste avant que le choix ne se matérialise en acte, ce qui vous permettra de ne pas céder à l'impulsion malsaine. L'effort véritable ne consiste pas à s'absorber de manière artificielle dans la sensation globale de son corps ou de l'univers, mais à s'abstenir rigoureusement de faire les mauvais choix, même au niveau de nos pensées.

Qu'est-ce qu’un mauvais choix ? C'est tout choix, toute décision ou toute complaisance mentale qui donne naissance à une obstruction dans l'esprit. Le mauvais choix est celui qui s'enracine directement dans l'avidité, l'aversion, l'irritation, la distraction, la paresse ou le manque de vigilance. Si une intention ne porte pas ces racines corruptrices, elle est libre d'obstacles et vous pouvez la valider sans aucun danger.

Au tout début de cet entraînement, cette discipline de fer peut donner l'impression d'un flicage permanent, d'un enfermement étouffant et d'une restriction insupportable. Ce sentiment de confinement provient uniquement du fait que vous ne discernez pas encore clairement la frontière exacte de votre responsabilité personnelle. Mais à mesure que vous endurez cet inconfort initial et que vous persistez dans la retenue, la pratique devient immensément libératrice. Vous réalisez avec soulagement que dès lors qu'une pensée ou une action n'est pas contaminée par les poisons de l'esprit (avidité et désir de plaisir des sens ; aversion ; confusion et distraction), vous n'avez plus besoin de la surveiller ni de la réprimer. L'esprit s'allège et trouve sa juste place.

Éduquer l'animal sauvage pour atteindre la paix

Pour illustrer cette dynamique, l'analogie de l'animal sauvage ou de l'éléphant que l'on dresse est particulièrement éclairante. L’esprit non entraîné est semblable à une bête sauvage qui ignore totalement ce qui est réellement bon pour elle. Cet animal sauvage réclame constamment à retourner dans la jungle, à chercher des stimulations sensorielles, à s'accoupler ou à s'engager dans des combats territoriaux, car sa nature biologique lui dicte que le bonheur se trouve dans la satisfaction immédiate des pulsions. Il ne comprend pas que ces comportements compulsifs sont la source même de sa servitude, de son agitation et de la perpétuation de sa souffrance.

Votre rôle et votre devoir absolu en tant que pratiquant sont de lui montrer le contraire par l'expérience directe de la retenue. Lorsque l'animal sauvage constate de lui-même que le fait de ne pas céder à l'impulsion produit une paix bien plus profonde, stable et gratifiante que le plaisir éphémère de la gratification sensorielle, il cesse de ruer. L'éléphant se calme, refuse de fléchir face aux provocations extérieures et l'esprit est enfin libéré de ses chaînes.

Cette transformation exige de ne pas commettre l'erreur de vouloir combattre l'esprit par la force ou par des contre-mesures mécaniques. L'approche traditionnelle courante consiste souvent à vouloir éliminer de force un état d’esprit négatif en le remplaçant immédiatement par son opposé exact. C'est une réaction aveugle de type action-réaction qui prouve que vous ne comprenez pas votre propre esprit. Lorsque vous vous précipitez pour chasser une pensée désagréable par une technique, demandez-vous pourquoi vous faites cela. Vous réaliserez alors bien souvent que cette précipitation est motivée par une aversion profonde envers cette sensation d'inconfort. Vous agissez en réalité sous l'emprise directe de l'aversion, renforçant ainsi le poison même que vous prétendez combattre.

Sachez donc avec une clarté totale pourquoi vous pratiquez. Tout être humain commence inévitablement sa trajectoire spirituelle dans la peau du cuisinier incompétent. C'est le point de départ universel de l'ignorance. Cependant, aucun d'entre nous n'est condamné à le rester toute sa vie. Cessez définitivement d'ouvrir la porte de l'enclos à l'animal sauvage dès qu'il s'agite ou qu'il vous menace de scénarios catastrophe. Plus vous apprendrez à reconnaître, à honorer et à tenir cette frontière invisible entre l'impulsion brute de la bête et votre choix conscient d'intention, plus votre confiance deviendra inébranlable. C'est précisément cette reconnaissance intime des signes de l'esprit qui constitue la porte d'entrée unique vers l'entraînement véritable, la vision juste et la libération définitive de toute souffrance.

Dukkha-Nirodha :

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