Dukkha-Nirodha : Réflexions
Partie 1
Pour commencer, prenez une posture correcte. Le dos droit, le corps détendu. Inspirez et expirez calmement en vous servant de votre respiration abdominale. Prenez une longue inspiration par le nez suivie d’une expiration encore plus lente et profonde par la bouche. Esquissez ensuite un léger sourire sincère. Répétez cela 3 ou 4 fois. Ainsi, vous développez les facteurs d’éveil de l’effort, de l’apaisement et de la joie, et vous avancez doucement vers la non-agitation et l’équanimité.
Cependant, cela ne fait que 5 des 7 facteurs d’éveil. Trop souvent, dans le bouddhisme moderne, on néglige les deux premiers facteurs : la remémoration et l’investigation. Pourtant, le Bouddha est clair : il faut la perspective juste pour pratiquer et elle ne peut être atteinte qu’à travers l’investigation de l’Enseignement. Il est donc crucial de se remémorer et d’investiguer les paroles du Bouddha.
Récemment, j’ai regardé le film « Inception » dans lequel les idées sont présentées comme des virus. Une fois infecté, c’est trop tard. L’idée virale colore dorénavant notre expérience.
Je trouve le parallèle avec le bouddhisme frappant. La vision présentée dans ce film est une autre façon de comprendre ce que le Bouddha appelle l’Entrée dans le courant, c’est-à-dire ce moment de basculement spirituel. Celui qui est entré dans le courant a acquis la perspective juste. Il a le nirvana comme destination inévitable. Son esprit a été infecté par le virus du Bouddha et il n’y a pas de remède.
Et quelle est cette idée contagieuse qui provoque ce basculement ? C’est la vision que l’origine de la souffrance n’est autre que le désir-passion, la « soif » d’après le Bouddha, c’est-à-dire cette tendance que nous avons de vouloir attirer à nous les ressentis agréables et écarter les ressentis désagréables. Il n’y a pas de notion de temporalité ou de cause à effet. Ici et maintenant, le désir, c’est la souffrance, par origine dépendante.
Ce sont les deux premières nobles vérités que je vous demande de garder à l’esprit pendant les dix prochaines minutes…
Partie 2
Le Bouddha est clair : le désir, c’est la souffrance. Mais alors, pourquoi l’accueille-t-on encore et encore ? Pourquoi le voyons-nous comme notre ami le plus fidèle ? D’après le Bouddha, c’est à cause de l’ignorance. Littéralement, nos facultés sont confuses. Alors que le désir est douloureux, nous avons la perception erronée qu’il est agréable, qu’il faut le croire et l’écouter.
Comme le moine Nyanamoli de Hillside Hermitage l’explique, lorsqu'un désir surgit, ce désir est oppressant. Le désir est une sorte de manque, de pression, de besoin, de soif ou de faim qui nous pousse à agir et nous met sous pression.
Pourquoi cède-t-on à la pression du désir si ce n'est parce qu'elle est désagréable ? Si la pression du désir était neutre ou plaisante, on ne dépenserait pas autant d'efforts et de temps à essayer de l'assouvir. Le désir est désagréable en soi, mais on ne le voit pas. Alors, pour faire face à cette douleur non-perçue, on cède simplement à ce que le désir promet. On essaie d’assouvir le désir pour se libérer de sa pression. C’est un cercle vicieux.
Quand les gens disent qu'ils aiment cultiver leurs désirs, c'est une perception erronée qu'ils entretiennent eux-mêmes. S'ils s'arrêtaient pour réfléchir et voir si un désir non satisfait est plaisant, ils réaliseraient que ce n'est pas le cas. Le point essentiel est de voir la nature douloureuse du désir, même pour ceux que l'on peut satisfaire immédiatement.
Nous essayons d’assouvir nos désirs pour échapper à leur pression désagréable parce que nous ne connaissons aucune autre échappatoire. En agissant ainsi, on ne fait qu'empirer les choses : plus on dépend de la fuite face au désir, plus ce désir exercera une pression sur nous. En réalité, on ne peut jamais atteindre le bonheur en satisfaisant nos désirs, car y céder revient à cultiver l'insatisfaction.
Je vous laisse continuer à pratiquer avec une question en tête : comment est-ce que je me sens ici et maintenant quand je suis en proie au désir ?
Partie 3
Pour pouvoir commencer à voir que le désir est la souffrance par origine dépendante et à voir que nos propres désirs nous contrôlent et nous asservissent, il faut nécessairement introduire un moment de retenue, de pause. Alors que le désir est présent, il faut observer sa nature avant d'y céder. C’est le début de l’Octuple sentier à travers la perspective juste, l’intention juste du renoncement et les cinq préceptes, au minimum.
Il devient alors clair comme le jour que le désir est très désagréable.
Pour s'en libérer, il faut d'abord commencer par la retenue au lieu d'aggraver la situation en cédant. La retenue doit venir en premier. Elle permet de rendre apparente la nature douloureuse du désir en lui-même.
Au début, quand les gens commencent à se restreindre, ils pensent que la douleur qui surgit vient de la retenue elle-même. Mais ce n'est pas le cas. La retenue ne cause pas de douleur, elle ne fait que révéler la douleur sous-jacente du désir, déjà présente. Cette douleur est la nature même du désir et l’origine du mal-être, ce que le Bouddha proclame dans ces deux premières nobles vérités.
En courant après nos désirs, on minimise simplement la sensation de tiraillement, on fait semblant qu'elle n'existe pas. Mais il suffit de dire non pour voir si la douleur est toujours là.
Se souvenir de cet enseignement, c’est le facteur d’éveil de la remémoration. Ensuite, observer le désir, c’est le facteur d’éveil de l’investigation.
Mais si le désir est vu comme souffrance, pourquoi les facteurs d’éveil de l’investigation et de l’effort mènent-ils au facteur d’éveil de la joie, d’après le Bouddha ? C’est parce que, dans cet instant de vision, s’ouvre la possibilité de l’abandon du désir. Une porte de sortie est perçue pour la première fois. C’est ainsi que l’effort de l’investigation mène à la joie, qui mène à l’apaisement, qui mène à la non-agitation et qui mène pour finir à l’équanimité. C’est ainsi que les sept facteurs d’éveil s’activent et que « l’autre rive » du nirvana est perçue.
Pour terminer cette séance, pensez à votre désir le plus cher en ce moment. Qu’est-ce qui vous anime et qui vous obsède le plus ? Cultivez ce désir quelques instants et observez tout ce qui se passe en vous.
Dukkha-Nirodha :
méditations bouddhistes à Ciney
Localisation
N°1 Route d’Auwez 5590 Ciney
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