Dukkha-Nirodha : Réflexions
Partie 1
Méditer, c'est s'engager activement dans une démarche d’apaisement et de pacification volontaire. Éteignez volontairement le feu qui embrase habituellement votre esprit. Pour cela, cultivez l'effort juste d’abandonner les états néfastes et de cultiver des états bénéfiques. Installez-vous confortablement et, dès l'inspiration, portez une attention bienveillante sur votre respiration. Vous cherchez ici à détendre activement le corps et l'esprit. À chaque inspiration, ressentez l’air qui entre ; à chaque expiration, relâchez consciemment les tensions, en cultivant le bien-être du relâchement.
Développez délibérément un sentiment de joie et de contentement. Si le souffle est court ou serré, invitez-le avec douceur à devenir plus long, plus fluide. En apaisant ainsi la respiration, vous apaisez le corps et l’esprit tout entier. Cet état d’apaisement complet n'est pas un but lointain, il est accessible à tout moment dès l’instant où nous abandonnons complètement les états néfastes qui nous dominaient jusque-là.
En cultivant cet apaisement complet, nous commençons déjà à affaiblir l’avidité, l’aversion et la confusion qui nous dominent habituellement. C'est en faisant l'expérience de cette paix intérieure que nous réalisons, par contraste, à quel point notre esprit est habituellement en feu. Sans cette pratique de l’effort juste, il est impossible d’éteindre le feu de l'esprit dont parle le Bouddha. Chaque poison qui se manifeste à notre conscience et que nous abandonnons volontairement par notre effort est une goutte d’eau qui contribue à éteindre le feu qui consume notre esprit. C’est un travail de « rabotage » progressif, un peu comme l'usure d’un vêtement par frottement ou d’une pierre par polissage. Nous éliminons les états néfastes et polissons notre propre esprit, une respiration à la fois, instant après instant.
Partie 2
Lorsque nous sommes en méditation, nous devons nous efforcer d’éteindre le feu qui embrase notre esprit.
Le Bouddha nous le dit :
Je cite. « Moines, tout brûle. Et qu'est-ce qui brûle ? L'œil brûle… L'oreille brûle… Le nez brûle… La langue brûle… Le corps brûle… L'esprit brûle. Les pensées brûlent. La conscience mentale brûle. Avec quoi brûlent-ils ? Ils brûlent avec le feu de l'avidité, avec le feu de l’aversion, avec le feu de la confusion. Ils brûlent avec la naissance, la vieillesse et la mort, avec le chagrin, les lamentations, la douleur, la tristesse et le désespoir, je vous le dis. Voyant cela, un noble disciple instruit élimine toute passion envers l'œil, toute passion envers les objets visuels, et toute passion envers la conscience visuelle. Il élimine toute passion pour les quatre autres sens et ses propres pensées. La passion étant éliminée, le désir s'évanouit. Quand le désir s'évanouit, le mal-être disparaît. » (Fin de citation, adapté de Saṁyutta Nikāya 35.28, « Le feu »).
Cependant, éteindre un tel brasier ne se fait pas en un instant ; c'est le fruit d'un entraînement constant et graduel. Éteindre ce feu est un travail de « rabotage », comme je disais précédemment. Ce travail d’usure consiste à abandonner, petit à petit, les états mentaux néfastes dès qu'ils surgissent. En choisissant délibérément la non-avidité, la non-aversion et la non-confusion, nous affaiblissons progressivement l'emprise de ces trois poisons sur notre esprit. Chaque renoncement, aussi minime soit-il, est un coup de lime qui polit notre conscience et réduit la force de friction de nos illusions.
C'est cette méthode d'érosion patiente des impuretés que nous pratiquons ici et maintenant en étant simplement assis, présents, sans aucun désir, sans aucune attente, alors que nous inspirons et que nous expirons calmement.
Partie 3
Dans le Sallekha Sutta, le Bouddha nous explique comment éliminer les poisons de notre esprit par l’usure et le rabotage. C’est ainsi que l’on purifie notre esprit et que l’on tend vers le nirvana. Par cette usure constante née de l’abandon et du renoncement, les vieux schémas s'effondrent et laissent place à la libération.
C’est ce que le Bouddha explique à Cunda, un disciple.
Je cite : « C'est ainsi, Cunda, qu'il convient de pratiquer l'usure des souillures de l’esprit :
Les autres seront cruels ; ici, nous ne serons pas cruels.
Les autres tueront des êtres vivants ; ici, nous ne tuerons pas d'êtres vivants.
Les autres prendront ce qui n'est pas donné ; ici, nous ne prendrons pas ce qui n'est pas donné.
Les autres mentiront ; ici, nous ne mentirons pas.
Les autres auront des paroles qui divisent ; ici, nous n’aurons pas des paroles qui divisent.
Les autres parleront avec dureté ; ici, nous ne parlerons pas avec dureté.
Les autres feront preuve de convoitise ; ici, nous ne ferons pas preuve de convoitise.
Les autres cultiveront la malveillance ; ici, nous ne cultiverons pas la malveillance.
Les autres céderont à la paresse et à l’indolence ; ici, nous ne céderons pas à la paresse et à l’indolence.
Les autres auront un esprit agité ; ici, nous n’aurons pas un esprit agité.
Les autres alimenteront le doute ; ici, nous n’alimenterons pas le doute.
Les autres seront irritables ; ici, nous ne serons pas irritables.
Les autres dénigreront ; ici, nous ne dénigrerons personne.
Les autres seront jaloux ; ici, nous ne serons pas jaloux.
Les autres seront avares ; ici, nous ne serons pas avares.
Les autres seront arrogants ; ici, nous ne serons pas arrogants. »
(Adapté de Majjhima Nikāya 8, Sallekhasutta, « L’Usure des Souillures »)
Gardez ces sages paroles à l’esprit tout en inspirant et en expirant consciemment et calmement.
Dukkha-Nirodha :
méditations bouddhistes à Ciney
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