La voie du milieu entre existence et non-existence

Partie 1 :

J’aimerais aborder avec vous le célèbre discours à Kaccānagotta.

Je cite :

À Sāvatthī, le vénérable Kaccānagotta s’approcha du Bouddha, s’inclina, s’assit à ses côtés et lui dit :

« Seigneur, on dit : "Perspective juste, perspective juste". Comment la perspective juste est-elle définie ? »

« Ce monde, Kaccana, dépend pour la plupart d’une dualité : de la notion d’existence et de la notion de non-existence. Mais pour celui qui voit l’origine du monde telle qu’elle est réellement avec une sagesse correcte, il n’y a pas de notion de non-existence à l’égard du monde. Et pour celui qui voit la cessation du monde telle qu’elle est réellement avec une sagesse correcte, il n’y a pas de notion d’existence à l’égard du monde.

Ce monde, Kaccana, est pour la plupart enchaîné par l’attachement, la saisie et l’identification. Mais celui qui possède la perspective juste ne se laisse pas berner par la pensée « cela est à moi, c’est moi, c’est ce que je suis ». Il ne saisit pas et ne se fixe pas sur cette pensée, cette tendance sous-jacente.

Il n’a ni perplexité ni doute sur le fait que ce qui apparaît n'est que de la souffrance qui apparaît, et ce qui cesse n'est que de la souffrance qui cesse. Sa connaissance à cet égard est indépendante d’autrui. C’est de cette manière, Kaccana, que ce noble disciple a la perspective juste.

"Tout existe", Kaccana, c’est l’un des extrêmes. "Tout n’existe pas", c’est le second extrême. Sans dévier vers l’un ou l’autre de ces extrêmes, le Tathāgata enseigne le Dhamma par le milieu :

En Présence de l’ignorance, le ressenti conditionne le désir, qui conditionne l’attachement, qui conditionne le maintien de l’existence, qui conditionne la naissance et qui conditionne enfin la vieillesse, la maladie et la mort.

Avec la disparition de l’ignorance, le désir cesse. L'attachement cesse. Le maintien de l’existence cesse. La naissance cesse. Et enfin, la vieillesse, la maladie et la mort cessent. C’est ainsi que toute cette masse de mal-être cesse. »

(Adapté de Sayutta Nikāya 12.15. 2.)

Partie 2 :

Dans ce discours à Kaccānagotta, le Bouddha identifie le piège intellectuel dans lequel l'humanité s'enferme : la dualité entre l’affirmation de l’existence et l’affirmation de la non-existence.

En disant « tout existe », le Bouddha se réfère à la tendance à attribuer une existence substantielle et indépendante à notre expérience subjective. Selon cette manière de voir, il y aurait quelque chose de stable derrière les phénomènes, quelque chose qui existerait véritablement en soi.

À l'opposé, « tout n’existe pas » correspond à la tendance consistant à nier toute réalité derrière l’expérience vécue. D’après cette manière de voir, les phénomènes ne seraient finalement que néant ou illusion sans continuité conditionnée.

Le Bouddha rejette ces deux extrêmes. Il explique à Kaccāna que celui qui voit l'origine du monde, c’est-à-dire l’apparition conditionnée de l’expérience vécue, ne peut adhérer à la négation pure et simple de l’existence. En effet, il voit comment les phénomènes apparaissent par conditionnement et comment cette chaîne de conditions se maintient tant que ses causes sont présentes.

Cependant, le disciple noble ayant la perspective juste ne tombe pas non plus dans l’idée d’une réalité fixe et indépendante. En effet, il voit que ce processus de conditionnement ne révèle aucun noyau stable ou immuable derrière les phénomènes. Ce n’est qu’un flux conditionné, en changement perpétuel.

Au lieu de tomber dans l’un de ces deux extrêmes, le pratiquant voit avec la sagesse juste ce que le Bouddha appelle l’origine dépendante, la « Voie du Milieu » philosophique. Au lieu de définir l'être par des états statiques comme « existe » ou « n'existe pas », il décrit l’expérience subjective comme un processus conditionné en mouvement. Rien n’apparaît de façon indépendante, tout surgit en dépendance de conditions. Rien n’est permanent, mais ce flux conditionné ne cesse pas tant que les conditions qui le soutiennent demeurent. En l’occurrence, il continue tant que le désir et l’attachement sont maintenus.

Ainsi, le disciple noble ne pense pas que le monde existe de manière fixe et indépendante, et il ne pense pas non plus qu’il n’existe pas. À la place, il voit directement que tout ce qui constitue son expérience est conditionné, impermanent et non-soi. Il comprend alors qu’il ne peut rien posséder véritablement, car tout ce qu’il saisit dépend de conditions et échappe à tout contrôle durable. Même sa conscience ne peut être considérée comme « lui-même », puisqu’elle apparaît et cesse elle aussi selon des conditions. Tout est donc perçu comme conditionné, impermanent et non-soi.

Partie 3 :

La perspective juste ne consiste pas seulement à comprendre comment la souffrance se construit, mais surtout à réaliser comment elle cesse. Dans la conclusion de son enseignement à Kaccānagotta Sutta, le Bouddha pointe vers la cessation de l’origine dépendante. Si ce flux conditionné semble se poursuivre sans fin, il n’est pourtant pas une fatalité. Lorsque l’ignorance disparaît, le désir cesse ; avec la cessation du désir, l’attachement cesse ; avec la cessation de l’attachement, le maintien de l’existence cesse. Ainsi, toute cette masse de souffrance cesse progressivement.

C'est ici que le lien avec les sept facteurs d’éveil devient fondamental pour le pratiquant. Par l’investigation de l’enseignement, nous ne nous contentons pas d’analyser une théorie : nous observons directement nos ressentis, nos pensées et nos réactions. En voyant leur apparition et leur cessation avec une attention claire, nous réalisons qu’ils ne demeurent jamais identiques d’un instant à l’autre. Ce ne sont que des phénomènes conditionnés qui apparaissent et cessent selon des causes et des conditions. Il n’y a pas un égo fixe derrière ces mouvements.

Avec le désir, l’attachement et l’identification, ces phénomènes deviennent source de mal-être et de souffrance. Avec la fin du désir, de l’attachement et de l’identification, cette souffrance cesse. Comme le dit le Bouddha, ce qui apparaît n’est que de la souffrance qui apparaît, et ce qui cesse n’est que de la souffrance qui cesse.

En voyant cela directement, le disciple noble n’a plus ni perplexité ni doute. Sa connaissance ne dépend plus simplement des paroles d’autrui ; elle repose sur une compréhension directe du conditionnement et de sa cessation. Il ne cherche plus à affirmer une existence fixe derrière l’expérience, ni à nier l’expérience elle-même. Il voit simplement des phénomènes conditionnés apparaître et cesser.

Pour conclure, revenons simplement à l’observation du présent. Ne cherchez pas à devenir « quelqu’un » à travers la méditation. Ne cherchez pas non plus à supprimer de force les phénomènes. Demeurez simplement dans cette Voie du Milieu : là où les phénomènes apparaissent et cessent selon des conditions, sans attachement ni identification. C’est dans ce relâchement du désir, de la saisie et de l’identification que la souffrance s’éteint progressivement, laissant place à une paix profonde et stable.

Dukkha-Nirodha :

méditations bouddhistes à Ciney

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