Dukkha-Nirodha : Réflexions
Partie 1
Commencez par vous remémorer la posture à prendre et la pratique à mettre en œuvre. Vous êtes assis de manière confortable. Le dos est droit mais détendu. Les mains se rejoignent au niveau du bas-ventre. Vous inspirez et expirez calmement. Une fois la posture correctement établie, tournez votre attention vers votre esprit. Le plus important est d’abandonner temporairement les 5 obstacles à la méditation et à l’éveil : le désir lié à nos 5 sens, la malveillance, l’agitation, la paresse et le doute. Est-ce qu’un de ces 5 états est présent actuellement ? S’ils ne sont pas présents, pourraient-ils se manifester dans un autre contexte ? Sans doute que oui. Essayez alors de les abandonner mentalement même dans ces scénarios imaginés.
Portez ensuite votre attention sur votre corps. Le Bouddha vous demande de respirer consciemment tout en apaisant volontairement le corps et la respiration. Respirez volontairement de plus en plus calmement et profondément. Relâchez toutes les tensions que vous ressentez. Le but de la méditation est d’arriver à un état de calme mental et cela commence par apaiser notre corps.
Lorsque le corps est parfaitement relâché, observez à quel point vous vous sentez bien. Il y a de quoi être joyeux. Le Bouddha vous demande alors de reconnaître et de cultiver cette joie et ce bien-être. Ce sont des facteurs d’éveil indispensables pour aider l’esprit à abandonner son agitation naturelle.
Rappelez-vous, le Bouddha enseigne que le mal-être a une condition sans laquelle il ne peut exister. Cette condition est « tanha », la Soif en pali ou l’envie, le désir-passion. Le Bouddha définit cette origine du mal-être ainsi : « c’est cette Soif menant à la continuation de l’existence, liée à l’envie et à l’avidité, se complaisant ici et là, c’est-à-dire la Soif de plaisir des sens, la Soif d’existence, la Soif de non-existence ».
Pour le Bouddha, le Nirvana n’est rien d’autre que la disparition de cette Soif. C’est pourquoi vous devez vous efforcer, au moins pour cette courte heure, à la mettre complètement en pause. Vous êtes simplement assis. Vous ne désirez rien. Vous ne recherchez rien. Vous ne manquez de rien.
Partie 2
Le Bouddha est un grand sage, car il a vu quelque chose que personne d’autre avant lui n’avait perçu : l’origine dépendante du mal-être, de la souffrance mentale, de l’insatisfaction, du désespoir, des pleurs et des lamentations.
Il cible ce qu’il appelle la Soif. Il s’agit d’une réaction automatique en nous. Si nous faisons face à un ressenti agréable pour nous (par exemple le goût du chocolat), nous voulons le garder, le faire durer, nous l’accaparer. À contrario, nous fuyons les ressentis désagréables.
Nous sommes constamment assaillis par le contenu de nos 5 sens et par des pensées. C’est ce que le Bouddha appelle le « contact ». Le contact conditionne le ressenti. Ce n’est pas comme si un contact avait lieu, par exemple soudainement voir un animal mort au bord de la route, et qu’ensuite un ressenti apparaissait. Non. Le contact conditionne le ressenti immédiatement. Nous voyons cet animal mort et notre ressenti immédiat est « Je n’aime pas ça ».
Au même moment, pour une personne non instruite, le ressenti conditionne le désir. L’esprit réagit par aversion dès l’instant où il est touché par un « Je n’aime pas ça ». Ainsi, nous détournons immédiatement le regard de cet animal mort, nous faisons un pas sur le côté et nous prenons note mentalement d’où se trouve ce corps pourrissant pour ne plus passer là dans les jours à venir.
Ce mouvement est automatique et immédiat.
Cependant, ce n’est pas une fatalité. Selon le Bouddha, l’ensemble de cette chaîne de conditionnalité allant du contact à l’aversion et au mal-être est elle-même conditionnée par l’ignorance, le fait de ne pas voir la véritable origine du mal-être. Nous ignorons que le désir conditionne le mal-être et nous l’accueillons donc dans notre esprit. Nous le cultivons et le développons.
Lorsque le contact est ignorant, le ressenti conditionne le désir qui conditionne le mal-être.
Lorsque le contact n’est plus ignorant, le ressenti est accepté pour ce qu’il est. Le désir cesse. Le mal-être cesse.
C’est pourquoi vous devez tourner la lumière de la sagesse sur votre expérience immédiate. Regardez votre propre esprit réagir constamment par avidité ou par aversion. Reconnaissez cet espace qui existe pourtant entre le ressenti et cette réaction automatique. Elle n’est automatique que sous l’influence de l’ignorance.
D’ailleurs, le simple fait de la reconnaître la fait disparaître. Si vous avez conscience de ce qu’il se passe, le contact n’est plus ignorant et le reste de la chaîne conditionnée du mal-être cesse.
C’est ainsi que vous devez vous maintenir. Vous ne cultivez pas tant le bonheur. Plutôt, vous abandonnez instant après instant le désir et l’insatisfaction.
Partie 3
Dans le bouddhisme, on parle de l’immortel, de la non-mort, de l’inconditionné, du Nirvana. Percevoir cela, c’est développer ce que le Bouddha appelle « La vision immaculée et sans tache du Dhamma ». Le Dhamma, c’est son enseignement mais aussi une manière de se référer à l’expérience directe de l’éveil qu’il a eu. Voir le dhamma, c’est percevoir ce que le Bouddha a vu en s’éveillant.
Présenté ainsi, cela semble mystique, inaccessible.
À quoi le Bouddha se réfère-t-il ? Il ne s’agit de rien d’autre que de l’expérience d’un instant où l’esprit voit clairement que le désir, c’est-à-dire l’avidité ou l’aversion, est à l’origine de son mal-être. L’esprit lâche alors prise de ce désir, complètement, même si c’est seulement temporaire pour un disciple non accompli.
D’habitude, cette tendance à l’avidité et à l’aversion est immédiate et automatique. Mais là, un espace se crée par la sagesse. L’esprit voit que cette réaction d’avidité ou d’aversion est quelque chose d’actif qu’il fait à cause de l’ignorance. L’esprit pense agir pour son bien et ne voit pas qu’il provoque son propre mal-être. Mais une fois qu’un Bouddha lui dit de porter son attention à cet endroit précis, il voit pour la première fois. Et quand il voit, il lâche prise.
Ce n’est rien de mystique ou de magique. Ce n’est pas transcendantal. Ce n’est pas l’expérience d’une nouvelle dimension ou quoi que ce soit de ce genre. Vouloir une telle expérience extraordinaire est un obstacle à la pratique. Le but est l’abandon du désir et rien d’autre. Ce n’est pas quelque chose à percevoir avec nos 5 sens. C’est un instant d’abandon de tout désir, de tout attachement, de toute passion. C’est un refroidissement momentané de l’esprit habituellement en feu.
Lorsque cet instant s’est déroulé pour le grand disciple Sariputta, voici ce que le narrateur nous dit :
« Même si c’est juste cela le Dhamma,
Tu as pénétré l’état sans chagrin
Invisible et négligé
Pendant d'innombrables éons. »
(Mv 1.23.1-10)
Vous aussi, vous pouvez percevoir, ne serait-ce qu’un instant, cet état sans chagrin. L’immortel, l’inconditionné, la cessation de tout mal-être, ce n’est rien d’autre que cela selon le Bouddha.
C’est possible. C’est à votre portée et cela commence par accepter de rester ici, simplement assis, sans aucun autre désir ou attente.
Dukkha-Nirodha :
méditations bouddhistes à Ciney
Localisation
N°1 Route d’Auwez 5590 Ciney
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