La méditation sur la respiration comme véhicule de l'Octuple Sentier

Partie 1

Alors que nous commençons cette séance de méditation, rappelons-nous d’abord l’objectif de la pratique. Il ne s’agit pas juste de se détendre, ni de se concentrer comme fin en soi. Il ne s’agit pas non plus de produire un état magique ou transcendantal. La pratique consiste à maintenir l’attention sur la respiration tout en purifiant l’esprit. Purifier l’esprit signifie affaiblir progressivement les trois poisons de l’avidité, de l’aversion et de la distraction, ainsi que les cinq obstacles, c’est-à dire le désir sensoriel, la malveillance, la paresse, l’agitation et le doute. La respiration n’est qu’un support pour ce travail. Elle n’a rien de sacré, rien de mystérieux, rien de magique. Elle est simplement un phénomène corporel neutre, toujours présent, qui permet de voir comment le corps et l’esprit sont conditionnés.

 

Pour être plus précis, le Bouddha enseigne que, pour que la méditation sur la respiration soit complète et parfaite, il faut respecter seize étapes. Ces étapes ne constituent pas une technique de concentration isolée. Elles ne sont pas un raccourci vers l’éveil. Elles ne produisent pas une vision microscopique de la réalité. Elles ne révèlent aucune couche cachée du monde. Elles ne sont utiles que si elles s’inscrivent dans l’ensemble de l’Octuple Sentier, reliées aux quatre applications de la remémoration et aux sept facteurs d’éveil. Sans ce cadre, la concentration sur la respiration devient un exercice creux.

 

Le Bouddha lui‑même a corrigé un moine qui se contentait d’inspirer et d’expirer “simplement attentif”. Il lui a dit que ce n’était pas suffisant. La respiration doit être reliée aux sept facteurs d’éveil : la remémoration de l’enseignement, l’investigation des états mentaux, l’effort, la joie, l’apaisement, la concentration et l’équanimité. La méditation sur la respiration complète doit réduire les états néfastes, affaiblir le désir passionnel, et mûrir dans le lâcher‑prise.

 

C’est dans ce cadre que nous allons examiner les seize étapes : non comme une technique de concentration, mais comme une manière d’intégrer la respiration dans l’ensemble de la Voie, pour affaiblir les obstacles et purifier l’esprit.

 

Partie 2

 

Les seize étapes de la méditation sur la respiration sont organisées en quatre groupes de quatre, correspondant aux quatre domaines de la remémoration : le corps, les ressentis, l’esprit et l’Enseignement. Les quatre premières étapes concernent le corps. On commence par simplement discerner si l’on a une respiration longue ou une respiration brève. C’est la base. Il ne s’agit pas de se concentrer, mais de reconnaître ce qui se manifeste.

 

À partir des étapes suivantes, le Bouddha introduit l’idée d’entrainement. On n’est plus simplement attentif de manière passive. On cultive activement ce qu’il nous encourage à développer. D’abord, il s’agit de s’entraîner à inspirer et expirer en ayant conscience de tout le corps, puis en apaisant le “conditionneur du corps”. Ce terme désigne la respiration elle‑même. Le corps dépend de la respiration, et la respiration dépend des états mentaux. Le Bouddha utilise ce terme pour attirer l’attention sur cette relation de conditionnement. Apaiser la respiration revient à apaiser le corps et l’esprit.

 

Les quatre étapes suivantes concernent les ressentis. Lorsque le corps est apaisé, la joie et le bien‑être apparaissent naturellement. Il s’agit alors de s’entraîner à les reconnaître et à les cultiver. Puis viennent les étapes où l’on prend conscience des “conditionneurs de l’esprit” et où l’on les apaise. Ces conditionneurs sont nos ressentis et nos perceptions, car ils déterminent la forme que prend l’esprit. Une perception change et l’esprit change. Un ressenti change et l’esprit change. Le Bouddha demande de pacifier cette dynamique en développant des perceptions et des ressentis qui mènent au calme. Nous pouvons par exemple imaginer que nous n’avons besoin de rien en ce moment, nous visualiser comme étant pleinement satisfaits, joyeux de pouvoir renoncer à tout, l’espace d’un moment.

 

Les quatre étapes suivantes portent sur l’esprit lui‑même : en prendre conscience, le réjouir, l’unifier, le libérer. Ces douze premières étapes ne sont pas une progression rigide. Elles se développent en parallèle. Lorsque la respiration est calme, la joie apparaît ; lorsque la joie apparaît, l’esprit se stabilise ; lorsque l’esprit se stabilise, la respiration s’apaise davantage. C’est l’avènement du calme mental, qui prépare la compréhension qui sera développée à travers les 4 dernières étapes.

 

Partie 3

 

Les quatre dernières étapes concernent la remémoration de l’Enseignement. Elles orientent la pratique vers la compréhension. La première consiste à contempler l’impermanence. Cette contemplation sert d’abord à se débarrasser des pensées distrayantes liées au monde, en voyant leur impermanence, leur caractère insatisfaisant et l’absence de contrôle à leur égard. Voir leurs inconvénients affaiblit l’attachement.

 

Tout en inspirant calmement, nous pouvons cultiver la perception que rien de ce qui nous constitue n’est permanent ou sous notre contrôle. Sans notre respiration, nous ne serions pas là. Il en va de même pour tous nos organes. Notre expérience subjective dépend d’eux et non l’inverse. Or, ils sont au-delà de notre contrôle et impermanents. Ils peuvent nous lâcher à tout instant et nous serions impuissants pour les forcer à continuer leur travail.

 

Nous pouvons contempler le reste de notre corps de la même manière. Prenons l’un de nos bras. Nous avons le sentiment que ce bras nous appartient, que nous pouvons le contrôler. Pourtant, il pourrait nous être repris à tout instant. Un grand coup de sabre et ce bras n’est plus nôtre jusqu’à la fin de notre vie. S’il est si simple de nous le prendre, nous a-t-il vraiment jamais appartenu ? Plutôt que de répondre, laissez cette question en suspens. C’est votre esprit émotionnel qui doit la contempler.

 

Lorsque l’esprit émotionnel comprend l’étendue de l’impermanence et la dure réalité de son absence de contrôle ultime, un sentiment de détachement se crée naturellement. La deuxième étape consiste à contempler et à développer ce sentiment de détachement. Il s’agit de l’extinction progressive de l’attraction passionnée et de l’identification. Lorsque l’impermanence est vue clairement, l’esprit cesse naturellement de s’accrocher. Il se désenchante. Il se refroidit.

 

Une fois que le détachement atteint un stade suffisant, l’esprit goûte pour la première fois à la cessation du mal-être ici et maintenant, au refroidissement du nirvana. La troisième étape consiste à contempler cette cessation. Tout phénomène conditionné cesse lorsque ses causes cessent. Cela inclut les états néfastes et le désir-passion. Comprendre la cessation, c’est comprendre que lorsque la cause disparaît, l’effet disparaît. C’est une application directe des Quatre Nobles Vérités : le détachement mène à la cessation du désir-passion qui mène à la cessation du mal-être, du stress, des lamentations et de la souffrance ici et maintenant.

 

La dernière étape consiste à cultiver un lâcher‑prise total. Même la paix obtenue par la pratique peut devenir un objet d’attachement. Il faut abandonner toute saisie, même subtile. Il faut abandonner tout attachement, même avec la paix du nirvana. C’est l’abandon total de la saisie et de l’identification. C’est exactement cela, la cessation de toute cette masse de mal-être.

Dukkha-Nirodha :

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